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Actualité – Actus du Réseau

60 milliards engloutis ou investis ?

Tribune du RNMA - 60 milliards engloutis ou investis ?

Quand un journal titre que 60 milliards sont « engloutis » par les associations, d’autres s’y opposent et contre-argumentent. La bataille des chiffres s’engage. D’autres montants sont avancés, accompagnés d’analyses et d’études sérieuses, vérifiées et vérifiables.

Mais qui ira chercher ces études ? Qui prendra le temps de les lire ? Et lorsque les données viennent finalement rétablir les faits, le mal n’est-il pas déjà fait ? Les chiffres, après tout, chacun peut leur faire dire ce qu’il veut.

Est-ce vraiment une histoire de montants ? Est-ce une histoire de fléchage budgétaire ? Ou est-ce, plus profondément, une affaire de choix de société ?

Là où certains veulent voir et faire voir au plus grand nombre 60 milliards « engloutis », nous voyons 60 milliards qui ont été investis dans la capacité de notre société à agir collectivement.

Car au-delà des chiffres se dessinent deux visions du monde, deux projections de ce que nous voulons construire et de la manière dont nous voulons nourrir nos vies. Deux conceptions de ce que nous voulons transmettre aux générations futures et des valeurs auxquelles nous souhaitons donner corps : défendre l’intérêt général, faire société ensemble en étant acteurs, penseurs et producteurs.

Deux mondes…

D’un côté, celui qui œuvre à engloutir les espoirs, les aspirations, les innovations, les formes de vitalité et d’engagement citoyen pour le réduire à une simple variable d’ajustement chiffrable. Comme le relevait récemment Alternatives Économiques[1], la réduction drastique des moyens alloués aux centres sociaux, aux associations de défense des droits des femmes et des personnes LGBT ou encore aux lieux culturels fragilise directement des espaces essentiels de solidarité, de culture et de citoyenneté. Un monde régit par un capitalisme familial fondé sur l’idée que la vérité économique et sociétale ne peut être que binaire et descendante, et qu’il est donc fondamental d’opposer à la démocratie un régime oligarchique.

De l’autre côté, un monde qui tente de penser collectivement en investissant du temps, de la matière grise, de l’énergie et de l’argent au service de l’autre. Un monde “associatif” qui œuvre au quotidien à investir les cultures du monde, les arts, l’aide humanitaire, le bien-être, la santé, la lutte contre les discriminations, la formation et l’éducation, le sport.

Comme le rappelle le Collectif des Associations Citoyennes[2], osons nous poser la question de ce que serait le visage de notre pays sans la présence des associations. C’est aussi ce que nous rappelle la campagne initiée par l’Uniopss et la Fédération des Acteurs de la Solidarité « Et si nous arrêtions vraiment ? »[3]. Rappelons que ce n’est pas totalement une fiction et que l’an dernier plus de 12 000 associations ont disparu[4].

Moins de compagnies artistiques qui apportent la culture dans nos villes et nos villages. Moins de places en crèches, des tarifs prohibitifs pour les activités sportives. Moins de solidarité en direction des personnes fragiles, isolées, démunies. Moins d’aides aux victimes de violences en tout genre. Moins de défense des droits individuels et collectifs.

Une richesse qui ne se résume pas aux subventions

Rappelons que la très grande majorité des associations repose exclusivement sur l’engagement bénévole et ne bénéficie pas, ou très peu, de financements publics. Ces associations sont le ferment de nos sociabilités. Ce sont dans ces associations que les citoyens et citoyennes se réunissent pour agir sur les réalités qui les concernent.

83 % des Français considèrent les associations comme efficaces pour améliorer la vie des gens et 75 % souhaitent qu’elles soient davantage associées aux décisions politiques[5]. Mais pourquoi ?

Parce que la preuve du rôle essentiel des associations sur le quotidien de nos vies n’est plus à démontrer, parce que l’engagement, notre engagement, est et doit rester une valeur intrinsèque, faisons le choix d’un monde qui s’ouvre à l’autre, le choix d’un monde qui décide d’investir pour l’intérêt général, tous les jours de la semaine, et refusons la peur, l’immobilisme et le repli sur soi.

Le Réseau National des Maisons des Associations

[1] Alternatives Économiques, 3 octobre 2026, « Contre les associations, les villes RN passent des menaces aux actes »
https://www.alternatives-economiques.fr/contre-les-associations-les-villes-rn-passent-des-menaces-aux-actes_03-10-2026

[2] Collectif des Associations Citoyennes, « Si seulement nous avions 60 milliards… », communiqué de presse du 29 septembre 2026, droit de réponse au JDD.
https://www.associations-citoyennes.net/si-seulement-nous-avions-60-milliards-cp-29-9/

[3] UNIOPSS et la Fédération des Acteurs de la Solidarités, « Et si nous arrêtions vraiment ? », communiqué de presse du 28 septembre 2028
https://www.federationsolidarite.org/actualites/et-si-nous-arretions-vraiment/

[4] Mediapart, 14 avril 2026, « 12 305 emplois disparus en un an : dans le secteur associatif, la grande saignée »
https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/140426/12-305-emplois-disparus-en-un-dans-le-secteur-associatif-la-grande-saignee

[5] Destin Commun, « Pays d’associations : des maillons démocratiques sous tension », octobre 2026, étude nationale sur le rapport des Français aux associations.
https://www.destincommun.fr/analyses-et-debats/pays-dassociations-octobre-2026/