La co-construction de la politique publique comme levier d’une innovation sociale territoriale et inclusive

Cet article a été publié pour la première fois au sein du numéro 623 de Juris Associations en juillet 2020 dans le cadre d'un dossier sur les alliances stratégiques. 

Les collectivités locales et les associations partagent une ambition commune d’œuvrer pour l’intérêt général et ont chacune une légitimité, tant dans la réflexion pour diagnostiquer des besoins sociaux, que dans le déploiement d’actions. Traditionnellement, l’association a capacité à demander une subvention pour réaliser une mission qu’elle a défini comme utile pour ses usagers et émarge à une politique publique sectorielle correspondante à son champs d’action ; progressivement, le passage de commandes publiques (appels d’offre) a donné aux collectivités les prérogatives de définition de l’utilité sociale. Ces deux approches donnent l’initiative à une partie prenante, tantôt à l’association, tantôt à la puissance publique. Cependant, l’observation de pratiques récentes montre que les espaces de dialogue se multiplient pour associer les compétences des deux parties à la définition de l’intérêt général, et entrevoir des réalisations où s’hybrident les savoir-faire. Il s’agit ici de penser la relation association-collectivité non pas dans un cadre bilatéral entre deux organisations mais bien dans un dialogue territorial structuré.

Penchons-nous donc sur des exemples que le Réseau national des maisons des associations a pu observer auprès de ses membres. A Rennes en 2018, sous l’impulsion du mouvement associatif Rennais (MAR), l’élaboration de critères pour l’attribution des subventions ont été construits selon une méthode de travail qui a associé une centaine de bénévoles associatifs et des élus et techniciens municipaux. A Montreuil, le Conseil de la Vie associative, constitué de 34 associations, 5 élus et 3 agents publics, défini le programme de formation et d’animation inter-associative de la Maison des associations gérée par la municipalité. Plusieurs autres démarches de ce type existent, comme le département de Picardie qui mobilise le savoir-faire de l’association Action Educative 62 pour co-piloter une action de sa politique jeunesse ( lire l'article dédié ici), ou encore la ville de Villeurbanne qui a confié au CCO l’animation d’une démarche avec les habitants et associations locales afin de définir sa politique d’accueil des migrants ( lire également cet article). 

Ces pratiques d’alliances génèrent de nouvelles solutions aux problématiques sociétales, qui se caractérisent par leur enracinement dans un contexte territorial spécifique, à l’intersection des compétences locales des associations et des collectivités. Elles contribuent à un processus d’apprentissage et de reconnaissance mutuels entre décideurs publics et acteurs associatifs, ce qui aboutit à l’inclusion de la société civile et des habitants dans la sphère décisionnelle de l’action publique. Ainsi, la co-construction de la politique publique relève de ce que le RNMA commence à nommer l’innovation sociale territoriale et inclusive, une typologie d’IS d’avenir qui mérite qu’on y accorde une attention réelle. 


Catégories
Co-construction et développement local

Typologies
Analyses & Théorie

Maisons
AAE62 (Association d'Action Educative du Pas-de-Calais), MAR (Mouvement associatif Rennais / Asso Bug), CCO - Laboratoire d'innovation sociale et culturelle de Villeurbanne

Date de publication
15/07/2020

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