Les Fabriques d’initiatives citoyennes FIC, Le Centre Culturel Œcuménique (CCO) de Villeurbanne et Centre associatif Boris Vian CABV

Convaincues de la nécessité d’encourager la participation de tous les citoyens, les Maisons des associations, dans leur fonction d’accompagnement, s’efforcent de mettre l’engagement à la portée de tous.

Cet article a été publié dans le cadre du dossier intitulé "Quand les maisons d'association accompagnent les quartiers", à partir des témoignages de Nathalie TIBOLLA, chargée de mission Vie Associative et Concertation au CCO - Mathieu MOUTET, chargé de mission au CABV.

Impliquer les habitants, un travail de réseau


Le Centre Culturel Œcuménique (CCO) de Villeurbanne, et le Centre associatif Boris Vian (CABV) de Vénissieux, deux maisons des associations membres du Réseau National des Maisons des Associations, interviennent  sur des quartiers « politique de la ville » de l’agglomération lyonnaise. Elles ont, toutes deux, porté un dispositif de  Fabriques d’initiatives citoyennes (FIC) et impulser la participation des habitants en s’appropriant chacune le dispositif  à leur manière.

L’engagement citoyen au cœur des deux structures

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Le CCO développe son projet depuis 1963, il est aujourd’hui une structure emblématique de Villeurbanne. Son objet est de favoriser la promotion individuelle et collective de l’homme et de tous les hommes par une prise de conscience de soi dans la société, par l’action et l’engagement dans la défense de la démocratie et des droits de l’homme, l’intégration et la solidarité. Le CCO est un vivier qui accueille et accompagne artistes et petites associations. Il favorise la création de leurs projets, met en place des formations aux bénévoles, des résidences artistiques et des master-class pour les artistes émergents. Le CCO agit comme pépinière et haut-parleur pour le développement de ces initiatives. Il contribue à tisser de nouveaux liens, à augmenter les capacités et les ressources de chacun pour agir ensemble. Le CCO accueille et accompagne chaque année plus de 370 associations venant de tous horizons, ainsi que 80 groupes artistiques aux esthétiques et disciplines variées, amateurs et professionnels.

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Le CABV a été créé à la même période, en 1967. L’ambition du Centre associatif Boris Vian est de faire de la vie associative locale un levier de développement de l’expression démocratique et permettre à chacun de s’épanouir et de trouver la place de citoyen qui lui revient, de développer ses capacités à vivre en société, de construire et partager un projet collectif. Et il défend ces valeurs avec comme priorités:
• l’accès aux savoirs et savoir-faire nécessaires pour pouvoir dès que possible – participer
• l’accès à la participation des personnes qui s’en trouvent aujourd’hui injustement éloignées
• Faire AVEC les personnes et plus seulement POUR

Il a plusieurs missions, dont la principale est d’aider à l’émergence, à la création, au développement d’initiatives d’habitants et d’associations. Il propose des formations de bénévoles, de professionnels et autres acteurs. Il assure également la coordination et la fédération des activités associatives, d’initiatives d’habitants ainsi que l’élaboration et l’accompagnement d’actions individuelles et collectives. Au travers d’un observatoire local, il œuvre pour la concertation et l’analyse de l’évolution de la vie associative sur la commune. Enfin, il promeut la vie associative en direction de l’ensemble de la population. Il mène ce travail en partenariat avec les acteurs de terrain et la municipalité.

Les Fabriques d’initiatives citoyennes

Le dispositif des FIC est né dans le contexte post-attentats de 2015. Le Gouvernement décidait alors de mobiliser des moyens supplémentaires afin de renouveler les actions d’éducation populaire au profit des habitants des territoires fragiles, et notamment ceux qui vivent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

L’objectif de cette expérimentation était de promouvoir des structures associatives recevant du public en « fabriques » d’initiatives citoyennes impliquant plus largement les habitants et développant l’engagement bénévole.

Si l’appellation générale de maison des associations peut faire disparaître a priori les intentions de ces structures envers un public d’habitants ou de citoyens, la lecture des éléments d’identité du CCO et du CABV réaffirme une préoccupation relative au pouvoir d’agir des individus. Le positionnement sur un dispositif tel que la FIC a du sens de ce point de vue, même si l’action ne priorise pas un accompagnement des associations.

Accompagner des associations ou des habitants

Mathieu MOUTET, chargé de mission au CABV situe ainsi la problématique et les enjeux qui se sont posés avant d’intégrer la FIC dans le projet de la MDA : « On s’est posé la question en tant qu’association et que Maison des associations : comment on va aller au devant des habitants ? La nouveauté est d’avoir des gens qui soient intéressés par un sujet, qui sont au début une collection de personnes et pas un groupe, si tant est qu’ils veuillent en arriver là. Comment on passe de l’état 'ah tiens ça serait bien de faire des trucs’ à l’état ‘ je fais quelque chose avec d’autres ’ ? c’est-à-dire le « comment se constitue une dynamique collective ». Je pourrais dire qu’on est devenu une maison de l’engagement à destination des habitants et des associations. »

« les professionnels doivent travailler les rouages qui conduisent à une volonté de ‘‘ faire quelque chose avec les autres ’’ »
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Le CABV était déjà concerné par la place des habitants dans les projets puisqu’il travaille avec les habitants en collectifs associatifs déjà constitués ou en voie d’organisation pour les aider à se constituer. Le CABV a l’habitude d’intervenir quand il y a déjà une dynamique collective : son rôle est de favoriser la dynamique collective, d’accompagner sa structuration pour en améliorer le fonctionnement, ou alors d’amener vers l’inter-associatif. La question est alors de savoir comment des équipes professionnelles ayant développé une culture métier et un outillage destiné à un public d’associations peuvent diversifier leurs méthodes de travail. Ces propos nous invitent à repenser la question de la participation au regard du parcours plus global de l’engagement. Dans un premier temps, il s’agit de capter l’intérêt
d’habitants isolément sur une thématique, avant de les mettre en contact avec d’autres personnes qui partagent cet intérêt : ceci s’opère en pratique au sein d’ateliers, de conférences… ou autres actions qui rassemblent les individus. A ce moment, comme l’exprime Mathieu Moutet, les professionnels doivent travailler les rouages qui conduisent à une volonté de « faire quelque chose avec les autres » ; c’est à cet endroit qu’un basculement doit s’opérer.

Le professionnel doit avoir mené une réflexion à l’endroit précis du basculement à provoquer, et donc s’équiper de techniques susceptibles d’inciter à un engagement qui se prolonge. Plus tard, quand cette dynamique collective est en œuvre, on retombe sur ce que savent déjà faire les MDA.

Ci-après, Mathieu Moutet expose un cas pratique de comment il entraîne les participants dans la dynamique collective grâce à un mode d’organisation du projet très ouvert aux propositions :

« Certains sont venus au début car ils voulaient juste construire une jardinière et ils n’étaient pas très bons en bricolage donc ils avaient besoin d’aide. (…).Tous les ateliers ont été construits avec derrière la question de ‘‘c’est quoi la contrepartie de participer à ces ateliers ?’’. On pourrait imaginer que c’est de la consommation et on pourrait rentrer dans le ‘‘ OK tu me payes et tu peux participer ’’ ; ce n’est pas pour ça qu’on fait la fabrique. La contrepartie c’est de faire vivre le collectif. Toutes les actions qui sont prévues peuvent être faites, et même d’autres rajoutées, par des personnes qui vont venir et dire qu’ils peuvent faire telle ou telle chose. Quand on fonctionne comme ça, petit à petit, on alimente le dispositif. »

Photo : atelier jardinières, février 2018, dans le cadre des ateliers « Jardiner dans la ville », un projet d’actions autour du bricolage à partir de récup’, du jardinage, et de la biodiversité en ville.
La complémentarité des structures : facteur clé de réussite?

Le CCO quant à lui a mené la FIC d’une manière assez singulière puisqu’elle était co-portée par 3 acteurs.
Nathalie TIBOLLA, chargée de mission Vie Associative et Concertation au CCO, explique que pour sa MDA il a semblé évident que le renouvellement des actions de participations devait trouver un écho dans les interactions des structures du même territoire. Le CCO a commencé à parler de la FIC en 2016 et s’est positionné avec la Myne et le Centre Social des Buers qui ne sont pas des points d’appui à la vie associative. La charte des FIC incluait l’idée qu’il fallait être en lien avec les structures du territoire pour inciter à aller chercher des formes nouvelles dans le travail social. Pour sortir des vieux schémas de participation, le CCO a mis dans l’ADN de la FIC d’entrée de jeu la complémentarité entre structures, plutôt que de la construire après dans le projet. Ne se situant pas dans une recherche de nouveaux financements pour survivre, il a plutôt saisi l’opportunité d’un travail original en allant chercher les partenaires locaux, pour monter la FIC à 3, ce dont témoigne Nathalie Tibolla : « On a des fonctionnements et des cultures très différentes. On n’a pas démultiplié les actions de chaque structure, on a plutôt bossé à fond sur la manière qu’on a de travailler ensemble, pour qu’on accompagne mieux les projets, pour qu’on puisse faire bénéficier de notre pluralité les projets qui se créent. (…) L’idée était donc de créer de la cohérence, de démultiplier la portée des actions. C’est plus qu’un agenda croisé. On a pris le temps de faire se connaître les professionnels et surtout les habitants et bénévoles des différentes structures.»


Ce travail en commun, en complémentarité sur la FIC, a permis de consolider les relations entre les partenaires, voire même, les a fait évolué. Lors de l’entretien, Nathalie TIBOLLA pointe du doigt des changements significatifs qui peuvent s’incarner dans cette phrase : « On était partenaires, mais maintenant on a l’impression d’être devenu équipiers. »
Dans le cadre partenarial classique elle évoque la distance nécessaire entre les partis qui se ménagent dans le cadre d’un respect mutuel, qui ne permet pas systématiquement le dépassement des limites des actions.
Grâce à la FIC et le travail pratique en commun sur des actions, elle nous fait part d’une liberté de ton et de parole qui s’est instaurée entre les professionnels, allant parfois jusqu’au conflit. Or du point de vue du développement de la participation dans ce territoire, le conflit se situait justement à la limite de ce que les partenaires aux cultures différentes sont capables d’interpréter et de comprendre de la même manière. En dépassant ces conflits, les partenaires de la FIC sont parvenus à construire de nouvelles approches sur la question commune de la participation. Nathalie TIBOLLA fait le constat qu’en
mélangeant les compétences et ressources de chaque partenaire, ils sont parvenus à créer de nouvelles manières de faire et à monter en compétences ensemble. La qualité de la relation que la FIC a permis d’instaurer, a désormais créé une nouvelle culture professionnelle commune entre ces acteurs du même quartier.

« en mélangeant les compétences et ressources de chaque partenaire, ils sont parvenus à créer de nouvelles manières de faire »

Au CABV, la FIC aussi a associé sur certaines parties du projet des partenaires locaux, et Mathieu MOUTET témoigne également d’enrichissements provoqués par
ces interactions :
« Ce qui est important, c’est de savoir qu’on n’a pas les mêmes visions de l’engagement parce qu’on n’est pas soumis aux mêmes contraintes et aux mêmes situations de travail. C’est pour ça qu’on bosse ensemble aussi, ça nous rassure d’être ensemble. On s’acculture des réalités des autres et des convictions des autres. »

Il fait état des articulations qui se sont tissées à travers des projets sur le quartier commun aux deux structures et qui rendent aujourd’hui les structures complémentaires car elles sont conscientes de ces possibles articulations, qu’elles peuvent désormais activer sur d’autres projets que celui au sein duquel elles se sont créées. Si on revient à la notion de parcours d’engagement, la complémentarité des structures et la confiance des professionnels agissent à deux niveaux. Elle permet de s’appuyer sur les actions des autres pour permettre aux habitants de poursuivre leur appétence à l’engagement; ça démultiplie les possibles. Aussi les professionnels créent plus facilement les tiers facilitateurs à l’engagement (des lieux, des temps ponctuels, des types d’actions…), ou réorientent plus facilement sur les tiers facilitateurs existants, car ils ont une compréhension enrichie du contexte par l’apport des partenaires porteurs d’une culture de travail différente. La contribution de la MDA à la participation des habitants d’un territoire a donc deux niveaux de lecture : ce que produisent directement les actions portées par la MDA, et ce que la MDA introduit comme diversité de regards dans l’intelligence collective des acteurs œuvrant au service de la participation des habitants sur ce même territoire.

« la MDA introduit une diversité de regards dans l’intelligence collective des acteurs »

Le temps long, un élément central ?

La dimension du temps long du projet ne doit pas être sous-estimée pour créer les conditions d’une réelle participation des habitants. Mathieu MOUTET insiste sur ce qu’un dispositif tel que la FIC, qui permet trois années de continuité, lui a permis de réaliser de différent par rapport à de nombreux autres projets qui doivent faire l’objet d’une action et d’un bilan plus rapide. « Pendant 6 mois on a travaillé sur le sens du projet, de se demander au fond, c’est quoi qu’on veut faire, une démarche qui serait plus de l’ordre de l’universitaire, avec le temps de la maturation de l’idée et des concepts qu’on utilise. Tu sors du rythme du professionnel qui est dans une sorte de frénésie productive pour être au rythme des habitants ».

A Vénissieux, le montage de la FIC s’est appuyé sur des actions déjà en place, et des actions plus émergentes qui s’appuient sur la collaboration posée en préalable comme condition du projet. Cette collaboration a été l’objet principal d’attention des nouvelles actions et a été rendue possible grâce cette inscription dans la stabilité et le temps long. En effet, Mathieu MOUTET évoque dans d’autres projets menés en quelques mois une tendance à travailler par élimination du trop-plein d’idées initiales, pour ne conserver que ce qui se passe à la fin et qui est intégrable dans le plan de charge du professionnel.
Le fait d’avoir le temps sur la FIC a permis d’amender les actions en cours de route, de bifurquer en prenant en compte les réflexions partagées en cours de route par les habitants. De son point de vue, cette prise en compte permise par le temps contribue à impliquer plus les habitants et donc à créer de l’engagement.

Les impacts collectifs structurant

Il apparaît souvent difficile aux acteurs sociaux de prédire certains impacts de leur projet, car si la réalisation d’une action peut faire l’objet de certitudes du point de vue des moyens qu’on y engage, ce qui en émane va souvent  dépendre de facteurs extérieurs, non maîtrisés a priori lors de la conception du projet.  Sur les projets de FIC, nous pouvons retenir ici quelques suites qui dépassent ce que les professionnels avaient  pensé, et qui permettent d’apprécier le fait que les efforts  déployés aboutissent sur des contributions à des besoins  des territoires, avec une dimension structurante. 

Dans le bilan de la FIC co-portée par le CCO, parmi les  multiples réalisations indiquées, citons un évènement en  particulier organisé au CCO sur le sujet des communs.  Rassemblant sur une journée vingt rencontres et  quatorze ateliers, trois grands défis ont été identifiés  par la cinquantaine de participants pour permettre un  déploiement des communs sur le territoire lyonnais.  

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Cela a permis de fédérer un noyau dur de personnes  susceptibles de donner jour à une Assemblée des Communs comme il en existe dans d’autres villes. Cet  aboutissement non imaginé à l’origine atteste de la  pertinence des modes d’actions proposés par la MDA sur  cet évènement puisqu’ils ont rendu possible l’émergence  d’une ambition collective très structurante. 

Au cours de son entretien, Nathalie TIBOLLA fait  aussi état de cette dimension consécutivement à la  réalisation d’un évènement sur une journée qui a permis  de cartographier le quartier à partir de l’usage que les  habitants en ont. Non prévue initialement lors du dépôt du  projet, les productions ont été partagées aux partenaires  locaux qui y ont apprécié une nouvelle manière de lire ce  quartier. Déjà sensible à ces enjeux de réflexion sur le  devenir du quartier puisqu’il anime le site web de média  local Buerscroixluizet.fr, le CCO en est ressorti avec la  volonté de s’appuyer sur cette matière pour contribuer au  projet de renouvellement urbain du quartier sur les mois  qui suivent.  

« Ce qu’on a planté là avec la FIC, il faut que ça pousse ailleurs, dans le projet urbain; j’espère que ça sera pris  en compte auprès de la ville, la métropole… tous ceux  qui portent le projet urbain. »

L’expérience du CABV à Vénissieux fait également état d’une réalisation collective, impulsée lors de la FIC,  qui perdure au-delà de son animation désormais. 

En effet, on lit dans le bilan réalisé courant  2018 les précisions :  

« Une quinzaine d’habitants se sont réunions  à 5 reprises pour élaborer et construire la  grainothèque (système d’échange gratuit de  graines entre habitants, non hybrides et si  possible bio). Fin juin 2018 (4 mois après le  lancement), plus de 140 échanges (dépôts  et récupération confondus), réunissant  110 personnes différentes. Participation de  la grainothèque à 6 évènements locaux -  dont Impatients de printemps, impliquant  de nombreux partenaires. Un noyau d’une  
dizaine de personnes se réunit régulièrement pour faire  évoluer l’outil et préparer les évènements. » 

Or lors de son entretien Mathieu Moutet nous confie au  sujet de la grainothèque :  

« Par exemple, la grainothèque, moi je m’en occupe  plus maintenant, les gens la déplacent, l’apportent à tel  évènement, ça roule entre eux, on (NDLR : le CABV )  n’est plus co-acteur de la chose. » 
Cette réalisation va demeurer et contribuera au  développement du jardinage urbain dans ce quartier,  mutation que l’on observe dans de nombreuses villes. 


En septembre 2018, au moment des entretiens, le projet de FIC du CCO va entamer sa troisième et dernière année  et celui du CABV touche à sa fin. Il est encore un peu tôt pour apprécier pleinement les impacts induits sur la durée. 

Les actions de ces deux Maisons des Associations dans le cadre du dispositif Fabriques d’initiatives  citoyennes avaient été choisies comme sujet d’analyse car elles sont axées en priorité sur l’engagement des  citoyens. Elles ont permis de rendre visible les éléments partagés ci-dessus et nous donnent des éléments  de lecture sur comment penser, conduire et évaluer l’action des MDA relatives à la participation des habitants. 

Catégories
Accompagnement, Engagement et participation citoyenne

Typologies
Cas pratiques & témoignages

Date de publication
30/09/2018

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